Après plus d’un mois d’enquête sur le terrain, recueillant plus d’une centaine de témoignages de villageois, la mission de l’ONU au Mali (la MINUSMA) a publié hier son rapport sur la frappe aérienne de l’armée française, dans le cadre d’une opération conduite le 3 janvier dernier, près du village de Bounty, au Mali. 19 civils, principalement des retraités, des bergers et des commerçants avaient été tués en pleine célébration d’un mariage.

Depuis des mois, l’association Tabital Pulaaku, la plus importante association culturelle des Peuls au Mali et Human Rights Watch demandent de faire toute la lumière sur cette tragédie humaine. Mais depuis des mois, la ministre des armées, Florence Parly, nie en bloc ; elle affirmait même, en février dernier, avoir personnellement conduit toutes les vérifications nécessaires.

Or, le rapport de l’enquête de la MINUSMA est sans appel : seules trois victimes sont de présumés combattants djihadistes. Toutes les autres sont des hommes civils, regroupés à l’occasion d’un mariage. Exigeons ensemble de faire la lumière sur cette tragédie.

Le ministère des armées a refusé de coopérer avec les experts de la MINUSMA et de leur communiquer les éléments qui ont convaincu les responsables de Barkhane du bien-​fondé de leur frappe. Mme Parly ne leur a pas non plus permis de visionner les images de l’attaque comme ils l’avaient demandé. La même demande de plusieurs parlementaires, fin janvier, avait reçu une fin de non-​recevoir. Au contraire, elle s’est empressée de jeter le discrédit sur l’ONU en émettant “de nombreuses réserves quant à la méthodologie retenue”.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que la force Barkhane est prise en flagrant délit de bavure. En 2017, l’armée française avait tué un enfant de 10 ans en le confondant avec un guetteur. Elle a également tué une dizaine de soldats maliens qui étaient retenus en otage dans une prison en 2017. Elle est aussi soupçonnée d’avoir abattu par drone plusieurs femmes et enfants en février 2020. Ne laissons pas une autre bavure passer sous silence.

Mais le gouvernement français se refuse d’assumer les responsabilités qu’exige sa politique africaine. Le droit humanitaire international, qui s’applique au Sahel, est pourtant clair : seuls les combattants identifiés sur des sites dédiés à l’action armée peuvent être ciblés. Toutes les autres personnes sont présumées civiles et aucune attaque n’est permise à leur encontre. En outre, les États sont tenus d’enquêter sur les crimes de guerre dont leurs forces sont accusées.

Quelques jours après la remise du Rapport Duclert sur le génocide des Tutsi au Rwanda, qui établit sans équivoque les errements et les mensonges de la France à l’époque, le gouvernement démontre qu’il n’en a retenu aucune leçon. Exigeons la vérité !

Le continent africain n’échappe pas aux règles du droit et Paris n’a aucun privilège à cet égard. La France doit en finir avec son histoire coloniale et réécrire une relation avec les peuples africains qui sera fondée sur le droit international, la coopération et la justice.

Exigeons dès maintenant de la ministre des armées :

  • qu’elle accepte immédiatement une nouvelle enquête indépendante, crédible et transparente ;
  • qu’elle diffuse au plus vite les images de l’attaque et rende compte de la chaîne de décision qui a précédé les tirs ;
  • qu’elle garantisse une réparation des victimes et de leurs proches.

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